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Père Christian FAVEREAU Saint-Ilan (33-37) |
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Mardi 5 décembre
2000. La chapelle est trop petite pour eux tous. Ils ont 70, 50, 30 ou 12
ans et entourent le père Favereau de leur affection, représentant,
en ce jour anniversaire de son arrivée au château des Vaux, quelque huit
mille garçons passés par la Maison Notre-Dame. Le regard bienveillant,
un sourire de bonheur derrière sa barbe blanche, celui-ci jubile : « Je
n'ai pas de mérite parce que les jeunes rendent au centuple ce que vous
leur donnez » . Retour sur
une vie donnée aux jeunes en difficulté. |
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Enfance casse-cou | ||
Quatrième de
cinq enfants, Christian Favereau est né en 1915, près de Royan. Marin, son père
a franchi quatorze fois le cap Horn sur les
« Là-bas,
nous étions élevés comme des chiens de Terre-Neuve, toujours dehors,
face à la mer au vent, aux tempêtes de neige. Dès que l'eau était un
peu moins froide (10° !), nous allions plonger du quai avant le déjeuner
Cela nous a donné une santé ! Comme il n'y avait pas d'arbres, je
montais dans les mâtures et passais d'un mât à l'autre et je jouais à
chat sur les toits. » Christian
apprend à lire chez les religieuses de Saint-Joseph de Cluny, puis entre
au collège Saint-Christophe dirigé par les pères du Saint-Esprit. « Je
n'aimais pas les études parce que je ne voyais pas à quoi cela
aboutissait. À six ans, je savais que je serais prêtre, j'avais un sens
spirituel je comprenais tout... Peut-être, à
cause de la foi de ma mère.
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font-family:Arial;mso-fareast-font-family:&quo" " MS Mincho"">Mais j'étais
d'une timidité maladive. Monter en
chaire était impossible. Alors j'ai lutté contre ma vocation et comme j'étais
très sportif j'ai décidé d'être acrobate et clown. Je voulais être un
champion dans tous les sports, patinage, natation, mais c'était pour
fuir. » Après son brevet élémentaire, il va au collège de
Saint-Bonaventure à Saint-Jean-de-Terre-Neuve, tenu par des moines
irlandais. Au retour, sa décision est prise : « Je veux être
missionnaire. » |
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Le
jeune aumônier |
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1933,
à 18 ans, Christian Favereau entre chez les pères du Saint-Esprit à
Saint-Ilan, près de Saint-Brieuc. " Le plus difficile a été de ne
pas pouvoir patiner ! » Ordonné prêtre en juin 1943 et nommé
en Guadeloupe, en attendant la fin de la guerre, ses supérieurs
l'envoient à l'Oeuvre d'Auteuil. Le
17 août 1944, il arrive à l'Hermitage, à Sannois dont le directeur est
le père Barat. «
C'est là que tout pivote, je trouve ma voie. J'avais dans la tète
d'aimer les Mais
le père Barat le nomme, en plus, responsable du jardinage. Il enseigne la
théorie tandis que deux grands assurent la pratique. « Un aumônier
d'Auteuil, à cette époque-là, c'était un propre à rien et un bon à
tout ! Il fallait être polyvalent Heureusement, au noviciat on
apprenait tout, surtout à se débrouiller avec les moyens du bord et on
avait de très bons professeurs de philosophie et de théologie. » Avec
les jeunes, il découvre le foot et devient un goal redouté. En 1947, le père Favereau remplace à la direction de l'Hermitage le père Barat, parti ouvrir la Maison Notre-Dame, au château des Vaux. « On n'avait pas de personnel et les pères devaient tout faire par eux-mêmes. » Septembre 1948, il devient aumônier de la Maison Saint-François, à Villiers-le-Bel, dirigée par les Filles du Saint-Esprit, et qui accueille cent cinquante garçons de 7 à 14 ans. « Le jeudi, j'emmenais les grands faire du cross dans toute la région. Ils devenaient increvables. Je leur faisais faire des équipées invraisemblables en leur disant de ne pas en parler aux sours... » |
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Aller
plus loin |
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En
1950, le missionnaire rejoint le père Barat au château des Vaux comme
directeur du petit séminaire (1) où, pendant quinze ans, il enseigne
toutes les matières. Tout
en étant professeur chez les agriculteurs et les boulangers. « De1950
à 1965, j'avais trente et une heures de cours par semaine sans compter
tout le reste. J'avais
l'impression d'avoir 90 ans... » ...
Lorsque l'autre assistant du père Barat, le père Schlienger, est parti,
« il a fallu vingt personnes pour le remplacer ! » Le
petit séminaire ferme en 1965. « Auparavant
à Auteuil une fois qu'on avait son CAP on volait de ses propres ailes et
on laissait la place aux autres. Le père Barat voulait que les jeunes
aillent plus loin, et a lancé le brevet professionnel de façon à ce
qu'ils puissent devenir professeurs techniques. » Fidèle
second du père Barat, le père Favereau partage sa pensée sur les vertus
du sport dans la formation humaine des jeunes. Aujourd'hui encore,
conseiller du directeur, Christian Loréal, il plaide ardemment pour un rééquilibrage
en faveur des activités sportives dans les rythmes scolaires. « Le
père Barat exigeait qu'on aille jusqu'au bout de nos moyens. Il fallait
absolument gagner parce que dans la vie, on aurait à se bagarrer. Il
observait les jeunes sur le terrain de sport et puis les voyait en
particulier. Il avait une ambition extraordinaire pour eux. Avec lui, j'ai
appris à aimer le foot et j'ai été entraîneur pendant dix-quinze ans.
Encore maintenant le lundi soir j'assiste aux tournois de foot et leur
donne des conseils. » |
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Un
tournant à Auteuil |
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L'aumônier
a toujours fait de sa catéchèse un moment de bonheur pour les jeunes
qui, du coup, arrivent en avance. Pour lui, un évènement clé de la vie
de la Maison est la béatification du père Brottier en 1984. Le
directeur, Jean Maupoint, y a emmené deux cents garçons et
quatre-vingt-dix adultes de la Maison. « Au retour je ne
reconnaissais plus mes garçons. Ils n'étaient plus orphelins. En
arrivant ils ont changé l'esprit de la Maison. On sème grain à grain et
le Bon Dieu fait pousser. Ces jeunes, il faut les connaître, les aimer et
répondre à leurs besoins. C'est tout » |
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(1)
ouvert en 1944 par le père Duval, le petit séminaire s'est installé au
château des Vaux en 1950 et a fermé en 1965. Une dizaine de prêtres en
sont issus. |
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Photos : J-P Pouteau/OAA |
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A l'Écoute avril/mai 2001 |
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Maison
Notre-Dame Les Vaux 28240
La Loupe Tél. 02 37 53 70 70 |