Amicale des Anciens de Saint Ilan - Le P. Franois Libermann : 1802-1852

   Le P. François Libermann : 1802-1852

Jacob Libermann est né le 12 avril 1802, à Saverne ; son père, Lazar, était le Rabbin de la communauté juive de cette ville : ses vingt premières années, qu'il passe à la maison paternelle, ont été exclusivement modelées par le judaïsme de son temps. Destiné à être rabbin à son tour, Jacob est envoyé à Metz pour y approfondir sa préparation ; il y connaît des moments de déstabilisation pour sa foi à laquelle il adhérait sincèrement ; finalement, pour prendre de la distance, il obtient la permission de partir à Paris. Là, dans une misérable mansarde du collège Stanislas, tombant à genoux, il reçoit une grâce soudaine du Dieu de ses pères : Jésus se révèle à lui comme le Messie. Quelques semaines après, le 24 décembre 1826, il reçoit le baptême dans la chapelle de ce collège ; il reçoit le nom de François. Lui qui 'détestait' Marie, devient son serviteur tout dévoué ; il pensait être rabbin, son désir le porte maintenant à être prêtre.

Il débute aussitôt sa formation, tout d'abord en suivant des cours à la Sorbonne, puis au Séminaire St Sulpice où les épreuves ne manquent pas, particulièrement la malédiction de son père lorsqu'il apprend sa conversion. L'épilepsie jusqu'alors discrète, se manifeste en crises graves et répétées ; il ne peut devenir prêtre. Homme conduit au dépouillement radical, approfondissant sans cesse la confiance et l'abandon de tout lui-même au Seigneur, François demeure dix ans au séminaire. Il le quitte pour devenir responsable adjoint du noviciat des Eudistes à Rennes : il y demeure un peu plus de deux ans, expérimentant l'amertume d'un échec apparent : Mon Jésus, vous savez bien que je ne suis rien, que je ne puis rien, que je ne vaux rien. Me voici tel que je suis, c'est-à-dire un pauvre homme ...

Maison du Père Libermann à Rome

Ces frustrations, Libermann les vit uni à l'Esprit Saint, y puisant ses talents charismatiques de père spirituel. Mêlé à la naissance d'un projet missionnaire pour les Noirs, il y trouve sa vocation propre. Alors qu'il n'est que clerc minoré, il contribue efficacement à la fondation de la Société du Saint Coeur de Marie (1841). Comme il l'écrira vers la fin de sa vie relativement courte -il mourut à cinquante ans- les débuts et l'affermissement du "Saint-Coeur de Marie" portaient constamment la marque de la Providence. Le premier départ de ses missionnaires pour l'Afrique (1843) se solde par une hécatombe qu'il appelle lui-même le 'désastre de Guinée' ; mais il accueille ces sacrifices comme le signe d'une vraie vie apostolique, conforme à la croix de Jésus ; ce qui ne l'empêchera pas de prendre toutes les mesures possibles pour mieux assurer les prochains départs.

Afin de mieux contribuer à l'évangélisation des populations, il prend le plus grand soin à rédiger un "Mémoire sur les missions des Noirs en général et sur celle de la Guinée en particulier" (15 août 1846), une charte missionnaire bénéficiant de l'expérience de divers fondateurs et théologiens de la mission. Il amène aussi ses confrères à accepter que leur jeune Société soit intégrée à celle du Saint-Esprit (1848) : la mission en ressort ainsi renforcée.

Elu 11° supérieur général de la Congrégation du Saint Esprit après cette intégration, Libermann met tout son coeur à préserver l'héritage du "Saint-Esprit", tout en gardant précieusement la grâce propre du "Saint Coeur de Marie". Il nous apprend lui aussi à être disponibles à l'Esprit Saint, pour le service des populations délaissées : O divin Esprit, je veux être devant vous comme une plume légère, afin que votre souffle m'emporte n'importe où il veut et que je n'y apporte jamais la moindre résistance. Il nous montre Marie comme celle qui a vécu pleinement cette obéissance : son Coeur tout apostolique est notre meilleur guide pour nous affermir dans la vie apostolique, vie d'amour et de sainteté que le iFls de Dieu a menée sur la terre pour sauver et sanctifier les âmes et par laquelle il s'est continuellement sacrifié à la gloire du Père, pour le salut du monde. Il nous convainc que nous serons des missionnaires bons à rien sans la prière, mais en précisant : toute forme de vie apostolique doit tendre à l'union pratique, cette union active de l'âme à Dieu dans la pratique de la vie. Comme Poullart, Libermann attache la plus haute importance à la vie communautaire, première tâche de la mission ; là d'abord se dit la Bonne Nouvelle ; là peuvent s'affermir obéissance et esprit de corps, détachement, souplesse et tolérance, patience, pauvreté du coeur et abandon généreux à l'Esprit.

  

    

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